Le monde se présente de telle façon qu'en le contemplant l'homme religieux découvre les modes multiples du sacré et de l'être. Avant tout, le monde existe, il est là, et il possède une structure : il n'est pas un chaos mais un cosmos ; il s'impose donc en tant que création. Cette œuvre des dieux garde toujours une transparence ; elle dévoile spontanément les multiples aspects du sacré. Le ciel révèle directement, « naturellement », la distance infinie, la transcendance du dieu. La Terre, elle aussi, est « transparente » : elle se présente comme mère et nourricière universelle. Les rythmes cosmiques manifestent l'ordre, l'harmonie, la permanence, la fécondité. Dans son ensemble, le cosmos est un organisme à la fois réel, vivant et sacré : il découvre en même temps les modalités de l'être et celles de la sacralité. Ontophanie et hiérophanie se rejoignent.

Il faut comprendre comment le monde apparaît aux yeux de l'homme religieux ; plus exactement, comment la sacralité se révèle à travers les structures mêmes du monde. Pour l'homme religieux, le « surnaturel » est en effet indissolublement lié au « naturel », et la nature exprime toujours quelque chose qui la transcende. Si une pierre sacrée est vénérée, c'est qu'elle est sacrée, et non parce qu'elle est pierre ; c'est la sacralité manifestée à travers le mode d'être de la pierre qui révèle sa véritable essence. Aussi ne peut-on pas parler de « naturisme » ou de « religion naturelle » dans le sens donné à ces mots au XIXe siècle ; car c'est la « surnature » qui se laisse saisir par l'homme religieux à travers les aspects « naturels » du monde.

M.E.

 

L'Eau, Lily, Jardin, Piscine, Étang